Il est temps d’en finir avec le mot "homophobie"
- Gabriel RYĒRSØN
- 7 janv.
- 2 min de lecture

Il existe des mots qui, à force d’être répétés, cessent de décrire la réalité et finissent par la déformer.
Homophobie est de ceux-là.
Car une phobie n’est pas une opinion, ni une idéologie, ni un système de domination.
Une phobie est un trouble anxieux. Une peur irrationnelle. Une pathologie reconnue.
Et surtout : une phobie se soigne.
Employer le mot homophobie, c’est donc produire un glissement lourd de conséquences.
C’est suggérer (même inconsciemment) que le rejet, l’agression ou l’exclusion des personnes homosexuelles relèveraient d’une peur maladive, incontrôlable, presque excusable.
C’est ouvrir la porte à une déresponsabilisation morale et juridique des auteurs de violences.
C’est déplacer le problème du champ politique et social vers le champ clinique.
Or ce déplacement est profondément problématique.
Les victimes n’ont pas été discriminées par des personnes “malades”.
Elles ont été agressées par des individus, des institutions, des États, qui ont fait des choix.
Des choix idéologiques.
Des choix culturels.
Des choix politiques.
Nulle part dans le monde, les politiques anti-LGBTQIA+ ne sont motivées par la peur.
Elles sont motivées par le rejet, la hiérarchisation des sexualités, la volonté de contrôle des corps et des normes.
Ce n’est pas une phobie qui vote des lois.
Ce n’est pas une phobie qui organise des campagnes de haine.
Ce n’est pas une phobie qui tabasse, humilie, exclut ou tue.
Parler de phobie dans ce contexte est une erreur conceptuelle majeure !
Certains défendent pourtant le terme homophobie au nom de l’histoire militante ou de son usage largement répandu. Mais un mot ancien n’est pas nécessairement un mot juste.
Le racisme n’a jamais été appelé “xénophobie clinique”.
Le sexisme n’a jamais été nommé “gynéphobie”.
Parce que nous avons compris, collectivement, que ces violences relèvent de systèmes de domination, pas de troubles anxieux.
Pourquoi faire exception ici ?
Le mot homosexisme permet précisément de sortir de cette impasse.
Il inscrit la discrimination envers les personnes homosexuelles dans la même logique que le racisme, le sexisme ou le validisme : celle d’un ordre social qui hiérarchise, exclut et opprime sur la base d’une caractéristique identitaire.
Dire homosexisme, ce n’est pas nier la violence subie.
C’est au contraire la nommer avec plus de précision.
C’est refuser de psychologiser la haine.
C’est refuser d’excuser l’inexcusable.
Et surtout, c’est rendre justice aux victimes.
Car on ne soigne pas une société malade de discrimination.
On la transforme.
On la confronte.
On la responsabilise.
Les mots ne sont jamais neutres.
Ils façonnent notre manière de penser, de juger et d’agir.
Continuer à parler d’homophobie, c’est entretenir une confusion dangereuse.
Adopter homosexisme, c’est faire un pas vers la clarté, la responsabilité et la vérité.
Il ne s’agit pas de sémantique.
Il s’agit de justice.




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