Arrêter de fumer au 1er janvier... une fausse-bonne idée ?
- Gabriel RYĒRSØN
- 30 déc. 2025
- 3 min de lecture

Il y a une manière très particulière dont certaines personnes parlent du 1er janvier.
Pas avec excitation.
Pas avec l’énergie un peu fébrile des bonnes résolutions.
Plutôt avec une forme de calme étrange.
Comme si quelque chose était déjà décidé, mais pas encore formulé.
En cabinet, et en téléconsultation, je retrouve souvent ce même état-là chez celles et ceux qui hésitent encore à arrêter de fumer à cette période. Ce n’est pas un manque de motivation. Ce n’est pas un problème de volonté.
C’est autre chose. Une fatigue. Une fatigue de composer.
Composer avec la cigarette du matin. Celle “qui aide à démarrer”.
Composer avec celle d’après le repas.
Composer avec celle du stress, de l’ennui, de la récompense, de la pause.
Composer aussi avec les négociations silencieuses : "celle-ci est la dernière, demain je fais autrement, là, ce n’est pas le bon moment".
À force de composer, on s’épuise. Pas physiquement. Intérieurement.
Le 1er janvier, dans ce contexte, n’est pas une date magique. C’est souvent le moment où l’on n’a plus l’énergie de maintenir l’illusion que tout cela est encore un choix. Ce n’est pas une résolution. C’est une limite atteinte.
Ce qui frappe, c’est que ces personnes ne viennent pas avec un discours combatif. Elles ne cherchent pas à “se battre contre la cigarette”. Elles ne sont pas dans la démonstration. Elles sont souvent déjà ailleurs. Comme si la cigarette avait cessé d’être vraiment défendue. Elle est encore là, mais elle ne fait plus lien. Elle ne fait plus sens de la même manière.
À ce stade, l’arrêt ne relève plus d’une décision héroïque. Il ressemble davantage à un ajustement devenu nécessaire. Presque logique. Pas encore confortable, mais cohérent.
Il y a un autre indicateur qui parle beaucoup, même si on préfère souvent l’éviter : l’argent. Non pas comme argument choc. Mais comme trace concrète de ce que l’on accepte, jour après jour, sans vraiment le regarder.
Fumer un paquet par jour, aujourd’hui, c’est environ 11 euros en France. Un peu plus de 300 euros par mois. Près de 4.000 euros sur une année.
En Espagne, on est autour de 5,50 euros le paquet. 165 euros par mois. Environ 2.000 euros par an.
La question n’est pas ce que vous pourriez faire avec cet argent. Cette question-là est trop simple, presque morale. La vraie question est plus dérangeante : qu’est-ce que vous payez, régulièrement, pour continuer quelque chose qui, intérieurement, ne vous convient plus vraiment ?
Quand quelqu’un arrive à ce point, le travail n’est plus de convaincre. Ni de motiver. Ni de pousser. Quelque chose est déjà en train de se desserrer. La cigarette a souvent perdu sa fonction centrale. Elle n’est plus une solution évidente. Elle devient un vestige. Et quand ce déplacement est déjà amorcé, les changements peuvent apparaître plus rapidement. Non pas parce que tout devient facile. Mais parce qu’il n’y a plus cette lutte permanente contre soi-même.
Ce texte n’a pas vocation à vous dire que le 1er janvier est la bonne date. Ni que vous devez arrêter maintenant. Il ne promet rien. Il propose simplement un arrêt sur image.
Et une question, peut-être inconfortable, mais honnête : et si ce que vous appelez encore une hésitation était en réalité le signe que quelque chose, en vous, ne négocie plus vraiment ?
Certains continueront encore un temps. Par habitude. Par peur de ce que ça déplacerait. Par fidélité à une version d’eux-mêmes qui a pourtant déjà commencé à se fissurer.
D’autres feront le choix de ne plus être seuls avec cette limite atteinte. D’explorer autrement. Sans lutte inutile. Sans posture héroïque. Avec un accompagnement quand le moment est juste.
Parfois, le changement ne commence pas quand on décide d’arrêter.Mais quand on accepte de regarder que continuer n’est plus une option confortable.




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